VIỆT NAM 2013

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Bonjour à tous, chabatz d’entrar !

Je dédie cette page à mon Pépé et à ma Mamie chéris, qui ne sont plus là pour m’écouter leur raconter ce que j’ai fait pendant mes vacances, comme je le faisais chaque année. J’espère que, de là où ils sont, ils auront pu me suivre.

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Ta thà rằng làm ma nước Nam, chứ không thèm làm vương đất Bắc (J’aimerais mieux être fantôme au Sud que roi au Nord)

Trần Bình Trọng (1259-1285)

Mes vacances d’été 2013 ont commencé petitement, avec une première semaine « coincé » à Limoges, la voiture de mon père n’étant toujours pas réparée et n’ayant toujours pas mon passeport. Mais je me doutais qu’il se préparait quelque chose mon père m’avait juste dit que, pour me récompenser de mes bons résultats scolaires et sportifs, il m’organisera des vacances dont je me souviendrai : c’était alléchant, mais vague). Le 6 août, lever de bonne heure et départ pour Paris, avec deux grosses valises : ça sentait les « vraies » vacances ! À dix heures, nous entrions dans l’ambassade du Vietnam. Pas particulièrement perspicace, il me semblait cependant entrevoir notre destination. Nous avons passé l’après-midi à Paris. Et nous sommes envolés le lendemain pour Sài Gòn.

   

Je ne m’étais même pas aperçu que nous avions (c’est le cas de le dire) décollé. À l’atterrissage, onze heures plus tard, nous n’avons ressenti aucune secousse ! Ce qui valut des applaudissements nourris au commandant de bord. Il est vrai que nous étions sous la protection du lotus : le (pas très) catholique Diệm doit s’en retourner dans sa tombe.

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Dès l’aérogare, j’ai senti le choc … la chaleur était étouffante et le ciel noir menaçant n’empêchait en rien le flux très dense des deux-roues, montés par deux, trois, voire quatre passagers. À contre-courant, des cyclo-pousse se frayaient un chemin dans ce flot motorisé.

     

Nous sommes en plein dépaysement mais, en même temps, les panneaux publicitaires font un clin d’œil à la France, avec l’eau minérale La Vie et la célèbre Vache qui rit, omniprésente.

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Mon père m’en avait prévenu : c’est le pays de tous les contrastes, où les derniers modèles de 4 x 4 partagent la route avec des attelages de buffles d’un autre siècle. Autre spécificité surprenante, en ville, les métiers des rues. De cordonniers à opticiens. Ces derniers taillent les verres à la cisaille, les polissent et ils s’ajustent parfaitement, du premier coup, à la monture.

       

Un artisan renommé m’a gravé un stylo entièrement, en quelques minutes, pour moins de 3 euros.

  

Dans la rue, également, des marchandes de boissons fraîches, avec leurs lourds chargements portés sur des balancelles, des marchandes de soupe phở (ça se prononce feu et vient de pot-au feu : la présence française, durant cent ans, a donné de nombreux mots à la langue vietnamienne). Et des marchandes de gaufres, des gaufres chaudes et parfumées, faites devant nous.

     

Ne voulant pas gâcher mes vacances, mon père me dit qu’il ne me montrera qu’un minimum de choses et que j’apprendrai beaucoup plus par moi-même en regardant autour de moi. Nous visitons le Musée, où est largement représentée la défaite que le petit peuple vietnamien infligea aux Chinois en plantant, de nuit, à marée basse, des pieux dans la vase, sur lesquels leurs six cents jonques de guerre vinrent s’empaler à la marée descendante suivante.

     

   

J’aime ces vitrines didactiques, je resterais des heures à en regarder les détails.

Au zoo, tout proche, un montreur de serpents appelle ses boas en tapotant sa main contre sa cuisse et ils viennent, comme le feraient des chiens.

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Nous visitons le palais présidentiel. Mon père connaît : on gagne du temps.

     

Tant mieux parce que tout ce luxe étalé me gène.

On sort vite de là pour aller manger une glace.

Puis nous continuons la visite du centre ville, l’ancien quartier français : la poste, la mairie, le théâtre, la rue Catinat (appelée de nos jours Đồng Khởi).

        

Ensuite, nous visitons Chợ Lớn, le quartier chinois, bien plus vaste que celui des Teochew du treizième arrondissement parisien.

  

Nous nous promenons et dinons au marché de nuit.

     

Le lendemain, retour à Chợ Lớn, à la recherche, pour le club, d’un fabricant d’écussons, d’une hallebarde et d’une licorne dont nous pouvons suivre la fabrication.

      

Le troisième jour, nous allons au tổ đường, le haut lieu du Vovinam.

     

En arrivant, nous sommes accueillis par le fils de maître Sen. Il a mon âge. Je regrette de ne pouvoir communiquer avec lui autant que je l’aurais souhaité.

Il nous conduit jusqu’au maître.

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Là, je me sens sur une autre planète.

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Maître Sen m’invite à venir m’entraîner en fin d’après-midi. J’attends avec impatience qu’il soit dix-huit heures pour retourner au tổ đường.

      

Les cours commencent par l’appel. L’assistant du maître note les absents sur un cahier. L’échauffement est vraiment martial. J’aime !

  

Si, en technique, je ne suis pas trop mauvais, je mesure tout le travail que j’ai à accomplir en combats pour me hisser à leur niveau : « ils envoient ».

      

Il faut vraiment que le maître me pousse dans mes derniers retranchements pour que je frappe plus fort.

        

La fin de l’entraînement, également, est originale par rapport à ce que nous pratiquons. On se frotte vivement les paumes l’une contre l’autre, jusqu’à ce qu’elles soient chaudes, puis on les applique sur les paupières, on se frotte énergiquement le nez et la nuque. Enfin, interrogation sur les dix principes : celui qui répond mal fait dix pompes vietnamiennes. Puis, c’est un concours de rapidité sur une question, le gagnant se place à coté du Maître.

Je retourne au tổ đường le lendemain. Pour l’entraînement aux combats, un grand pao carré, tenu de la main gauche, la droite, au milieu de son coté supérieur tient deux raquettes. Coups de pieds, de poings et coups de pieds retournés s’enchaînent avec vitesse et précision.

     

      

     

Maître Sen a noté sur mon passeport mon passage au tổ đường. Merci à tous les võ sinh et aux maîtres, qui m’ont accepté parmi eux.

     

Le soir, nous dînons avec maître Lê Văn Hùng, ambassadeur de l’UCVI, qui dirige des stages en France et me donnera quelques entraînements, à la fin des vacances.

     

Une très belle soirée où nous avons bien rigolé et pris, ensemble, un super diner. Le lendemain, de bonne heure, nous partons pour Bình Thuận où réside une partie de notre belle-famille.

La maison est à un étage, avec, en mezzanine, l’autel des ancêtres. La terrasse couverte, en façade, est occupée par un café tenu par une de mes tantes.

      

À l’arrière, il y a un parking pour motos et cinq salles de karaoké.

      

Mon cousin Phi est très gentil, le petit Binh, surnommé Little Sumo (on se demande pourquoi) fait toujours le pitre, mes cousines sont adorables.

     

   

Tous, de la grand-mère aux oncles et tantes, jusque aux enfants les plus jeunes me demandent ce que je veux manger, à quoi je veux jouer, où je veux aller, ce que je veux visiter… Tant de sollicitude me touche.

Le paradis sur terre se trouve ici : les fruits sont à portée de main.

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Et quand ils menacent de tomber sur les passants, les élagueurs veillent.

Même le plus commun des lézards est superbement maquillé.

Le lendemain, journée passée à la plage et à la piscine de Thị Trấn La Gi.

       

Au retour, des pluies torrentielles, comme je n’en avais jamais vu. Il a plus plu en une heure qu’à Limoges en une année. On n’y voit pas à un mètre mais, chose incroyable, la circulation n’en est pas ralentie pour autant. Autre surprise, liée à l’élément liquide et là, à tous les coups je me fais avoir. Lorsque mon père trinque (sức khỏe) avec ses amis, le retentissant Dô, qui se prononce Yo, me fait à chaque fois me retourner, croyant que l’on m’appelle (c’est ça d’être égocentrique narcissique).

Le soir, diner au restaurant d’une de mes tantes. Spécialité de poulet. Bien mieux que KFC : c’est ouvert 24 heures sur 24 et il y a partout des hamacs, pour que les routiers puissent se reposer avant que de reprendre la route.

     

J’ai touché mon argent de poche. Je suis millionnaire mais en đongs, et il en faut 28 000 pour faire un euro.

Le 15 août, nous allons à Núi Tà Cú, distante d’une quinzaine de kilomètres, en utilisant trois moyens de transports : un bus, jusqu’au parc, puis une navette électrique et, enfin, le téléphérique. Sinon, il nous aurait fallu cinq heures de marche pour gravir la montagne

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Cette montagne abrite une pagode célèbre. L’infâme Diệm la fit pilonner par son armée. Pion des Américains, Diệm, qui avait remporté les élections de 1955 à Saigon avec 605 000 voix sur 450 000 inscrits (!?!), était honni des sectes combattantes puis des bouddhistes, qui représentaient plus de quatre-vingt pour cent de la population ; la persécution qu’il leur fit subir conduisit Thích Quảng Đức à s’immoler (voir page Vietnam 2015). Devant l’indignation que cette mort suscita, Kennedy lâcha Diệm qui fut immédiatement abattu par des officiers putschistes, ainsi que son frère Ngô Ðình Nhu. Le troisième larron de la fratrie, Ngô Đình Thục, archevêque de Hué qui vivait lui aussi au palais présidentiel, n’eut la vie sauve que parce qu’il était à Rome où se préparait Vatican II. Il fut excommunié trois fois (par Paul VI en 1976 et à nouveau en 1981 et en 1983).

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Pas motivés par une attaque si peu glorieuse, les soldats – dont la vocation n’était pas de tuer des moines – ont délibérément manqué leur cible : aucun religieux n’a été blessé, aucun bâtiment ni aucune statue n’ont été touchés.

  

Le bouddha couché mesure quarante neuf mètres de long. Je pose à coté pour donner l’échelle.

  

J’aime les autels de la pagode ancienne. Notamment celui de Quan Công (Guan Yu 關羽). Il est accompagné de Trương Phi (Zhang Fei 张飞), lui aussi général des Trois Royaumes. L’autel est flanqué de deux đại đao, leur arme de prédilection (c’est, accessoirement, également la mienne).

    

Je passe le dimanche à Phan Thiết, ville célèbre pour sa production de nước mắm, assaisonnement très connu fait à base d’anchois. D’où une importante flottille de pêche.

      

La matinée, avant qu’il ne fasse trop chaud, je fais de la luge. Oui, de la luge, par 35 ° ! Dans les célèbres dunes de Mũi Né, qui s’étendent à perte de vue.

        

Puis baignade, déjeuner et, à nouveau, baignade.

     

     

Je m’entends bien avec toute la famille – ce serait difficile qu’il en soit autrement, vu la gentillesse de chacun – mais particulièrement avec mon oncle Hưng, pourtant peu loquace. Ancien pratiquant de Võ Tự Do, il me montre des techniques de frappe. Ce lundi, il m’amène voir son jardin. Il est fier de ses arbres, dont l’arbre de la Bodhi, planté devant la maison.

     

Il bichonne sa bassecour et s’y connait : il a élevé des coqs de combat. J’aime beaucoup mon oncle Hưng.

     

Le soir, j’accompagne mon père, qui va se recueillir sur la tombe du grand père.

Nous allons ensuite à la pagode, pour la fête de Vu Lan Bổn. Fête plus dynamique qu’à Racon car nombreux sont les jeunes qui y participent.

  

      

Curieusement, ils sont vêtus comme des scouts. Le lendemain, alors que nous faisions la sieste après déjeuner, nous sommes réveillés par des percussions. Mon oncle Hưng vide vite un paquet de cigarettes, y glisse des billets, puis, prestement, le suspend au ventilateur, sous le toit.

     

Moi qui, depuis dix jours et l’achat de notre licorne me préoccupais de savoir comment se fait la danse, je vais en voir une. Et, chose incroyable, à domicile.

      

La licorne repère puis récupère l’obole, destinée à la pagode.
         

Le soir, je vais encourager Phi à son entrainement de Taekwondo.

Le lendemain, de bonne heure, départ pour le Miền Tây où nous allons passer quelques jours. Mon père aurait voulu pouvoir emmener avec nous son ami, monsieur Vo Van Tac, afin qu’il m’apprenne l’histoire de la région. Sa disparition, depuis leur dernière traversée du Delta, a beaucoup attristé mon père, qui le considérait comme son père spirituel. C’était un homme très gentil et d’une grande valeur morale, qui connaissait comme personne l’histoire du Miền Tây de la fin des années trente à la fin des années soixante.

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Sur la route, nous doublons des marchands de chiens dont le malheureux chargement est destiné à une clientèle de Bắc Kỳ : les Sud Vietnamiens, eux, n’en mangeraient à aucun prix.

     

Après Sài Gòn, direction Mỹ Tho puis Phú Mỹ, siège du Phật Giáo Hòa Hảo. Mon père, depuis longtemps proche de cette forme de bouddhisme, était allé rendre visite aux responsables de Tổ Đình, à plusieurs reprises.
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Jusqu’à être admis Hòa Hảo, dans la maison du Maître Fondateur, par sa nièce et son neveu, le 9 mars 2008.

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Le chauffeur, garde du corps et ami de Đức Huỳnh Giáo Chủ, monsieur Vo Van Tac, que la communauté tenait pour mort depuis 1975, avait tenu à accompagner et parrainer mon père pour cette cérémonie. Je souhaitais visiter le musée.
     

Mais nous arrivons trop tard et le musée est fermé. Je suis très déçu. Aussi, après m’avoir montré la pagode An Hoà Tự, mon père décide de m’emmener à Tổ Đình. Nous sommes accueillis par Cô Tư, nièce du Maître fondateur et responsable spirituelle du Phật Giáo Hòa Hảo et son frère, monsieur Bùi Văn Vẹn. Ils se souviennent bien de papa, des visites qu’il leur fit et de son admission au sein du Phật Giáo Hòa Hảo, cinq ans et demi plus tôt.

  

Monsieur Bùi a étudié au lycée français de Sài Gòn. Je lui dis que j’aimerais être admis dans la religion de mon père mais que notre venue à Tổ Đình n’étant pas prévue, nous n’avons pas nos aó tràng (la robe, de couleur marron, des bouddhistes Hòa Hảo). Cô Tư m’admet quand même, car nous ne reviendrons peut-être pas avant plusieurs années.

Je suis bouddhiste depuis mon plus jeune âge, sous le nom de Thiện Hoan, qui m’avait été donné par le vénérable de la pagode de Noyant d’Allier. La première partie du nom bouddhique permet d’identifier l’Obédience. Ainsi, à Tùng Lâm Linh Sơn, le nom commence par Minh, au Phật Giáo Hoa Nghiêm par Thiện et, au PGHH, par Huệ. Tout petit, j’étais intrigué par la statue de Tiểu Đông : chez les Hòa Hảo, je ne serai pas distrait par le décorum, car hormis à An Hoà Tự, qui était, avant 1939, la pagode du village, les représentations des bouddhas sont prohibées : le hoahaoisme est au bouddhisme ce que le protestantisme est à la catholicité.

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Mais, aujourd’hui, 23 août 2013 à 21 h 10, j’adhère à sa voie la plus sociale et la plus dépouillée. Cô Tư, lors d’une seconde cérémonie qui suit presque immédiatement ma réception me donne, mon nom Hòa Hảo : Huệ Tâm (mon père, lui, s’appelle Huệ Pháp et je suis très heureux d’être admis dans la communauté à laquelle il appartient).

     

   

Le lendemain, en allant à Hà Tiên, nous sommes doublés par une ambulance Hòa Hảo : un signe, sans doute, pour nous rappeler l’engagement réel de tout Hòa Hảo envers ceux qui ont besoin d’aide.

Quelques kilomètres plus loin, nous rencontrons des buffles (c’est délibérément que l’emploie le mot rencontre, comme s’il s’agissait d’êtres humains). Je suis fasciné par les buffles et leur force tranquille. Nombre d’entre eux paissent paisiblement au bord des routes : ils ne sont ni attachés ni surveillés.

   

Deux jeunes mâles se prélassent dans un trou d’eau. Je vais les voir de près.

Au bout de quelques minutes, ils en sortent. Le premier rejoint le groupe tandis que l’autre, posté en face de moi, me regarde longuement. Pas un seul instant je n’ai eu peur….

       

C’est une sensation étrange. Je me demande : À quoi pense-t’il ? C’est bien la première fois que je m’interroge sur les pensées d’un animal. Mais cet animal est tellement extraordinaire.

        

Nous sommes en plein pays Hòa Hảo. Les Hòa Hảo ont un grand respect pour le buffle, leur compagnon de travail : ici, ce serait une faute gravissime que d’en manger. Depuis que je suis tout petit, mon père me raconte des histoires de buffles. Comme celle du rat et du buffle où le buffle aurait dû être le premier des signes du zodiaque, ou celle de Lao Tseu qui part vers l’Ouest, juché sur son buffle. Jusqu’à des histoires plus contemporaines. Comme cette fois où mon père voit un enfant, assis en tailleur à la surface de l’eau, au beau milieu d’un trou de bombe. Interloqué, il s’approche, l’enfant lui sourit et claque un vigoureux coup de talon dans l’eau d’où émergent aussitôt un mufle et deux immenses cornes. Ou celle, poignante, de son beau-père mourant et souffrant beaucoup, ne se préoccupait plus que du devenir de son buffle. Nous sommes là bien loin des fêtes barbares des bắc kỳ de Đồ Sơn…

J’aime la photographie. Je suis comblé. Ici, chaque cliché est une carte postale. Surtout juste après la pluie où la luminosité est extraordinaire.

        

Sur le pont, en arrivant à Hà Tiên, nous croisons des võ sinh à vélo. Sentiment étrange : comme à Phú Mỹ, au siège du Phật Giáo Hòa Hảo, comme à Bình Thuận, dans ma famille vietnamienne, et comme ce sera le cas quelques jours plus tard à Rạch Giá, je me sens totalement chez moi. Mon père m’a plusieurs fois parlé de cette sensation qu’il a lui-même très souvent ressentie en ces lieux …

Nous allons voir maître Phụng à son magasin, où nous discutons une bonne heure puis nous nous rendons à son võ đường.

      

Maître Phụng m’a montré quelques modifications intervenues dans le quyền puis nous dinons avec sa famille.

Le lendemain, il y a une compétition réunissant cinq clubs. N’étant membre d’aucun et pas inscrit, je participerai en tant qu’invité. Nous déjeunons au võ đường puis nous nous rendons au gymnase. Je fais mon quyền, beaucoup plus stressé qu’à la Coupe de France. L’enjeu ici est beaucoup plus important que de ramener une place ou une médaille : c’est de montrer aux gens d’une contrée que j’adore, combien leur way of life, leur culture, leur art martial me plait et combien je me sens proche d’eux.

Stressé mais très content. Puis, un combat en deux rounds.

        

Encore une fois, que d’émotions. MERCI BEAUCOUP MAÎTRE PHỤNG.

    

Les photos ci-dessus ont pour moi plus de valeur qu’une ligne rajoutée à mon passeport de la FFKDA : il s’agit là de compréhension mutuelle malgré la barrière de la langue et plus encore de partage, de camaraderie, de fraternité. Il me tarde de revoir tous ces pratiquants de mon âge qui m’ont si gentiment reçu. Quel plaisir d’apprendre et de concourir auprès d’eux.

Le lendemain, nous partons pour Rạch Giá. La première visite est pour une de mes tantes (la famille est nombreuse).

Mon père ne peut s’en empêcher, j’ai encore droit à mon quart d’heure culturel : il me fait visiter le Temple de Nguyễn Trung Trực, héros de la résistance contre les Français, qui prit le navire Espérance, en 1864.

         

Puis nous passons la nuit chez un oncle riziculteur et hôtelier. Chaque suite de son hôtel a vue sur la mer. Je suis accueilli par un petit cousin.

         

Cet oncle sait que le plus grand plaisir de mon père, lorsqu’il est au Vietnam, est de naviguer sur les rạchs (les canaux) en « trois planches » à moteur, dont le nez se lève lors des accélérations. Il nous fait un superbe cadeau : nous passons la journée du lendemain sur l’eau.

      

         

Je partage le plaisir que mon père ressent quand il navigue sur les rạchs.

   

Il est ému de retrouver son oncle, ancien officier de la police militaire de Sài Gòn, de qui il est très proche. Ils ont longuement parlé de bouddhisme et d’arts martiaux. L’oncle a bien connu les formateurs spécialistes, notamment de Vovinam, de l’armée et de la police.

  

La vie dans les rạchs est simple, archaïque même, et paisible. Nous sommes à quelques kilomètres et pourtant bien loin du confort du luxueux hôtel de mon oncle.

         

Je m’essaie à la pêche à la ligne mais je rentre bredouille. Les gens d’ici sont pragmatiques et préfèrent utiliser l’épuisette électrique, plus efficace. L’oncle veut défricher, je lui donne un coup de main, avec les pieds.

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Retour à Rạch Giá.

      

En ville, on croise une jeune femme transportant, sur son scooter, une ancre et des marchands ambulants de nourriture, sur des triporteurs ou à pied.

      

Demain, départ pour Sài Gòn où nous passerons notre dernière semaine de vacances. Déjà ! Si j’aime la ville, je lui préfère, de beaucoup, la campagne de Bình Thuận, du pays Hòa Hảo, ou de Rạch Giá. Que j’aime l’accueil spontané, gentil, sans calcul, des gens vrais que sont les nông dân du Nam Kỳ.

Mes nièces sont déjà parties à l’école, je suis triste et serais volontiers resté un peu plus longtemps.

Mon oncle Thùy, qui a travaillé toute la nuit, est là pour notre départ et Phi s’est habillé comme pour une danse de la licorne : nous chahutons, mais le cœur n’y est pas.

      

La séparation est difficile.

Je ne connais ma Mamie d’ici que depuis trois semaines et, déjà, il me faut la quitter.

   

Les larmes ne sont pas loin. Bon, je change de sujet : mon père trouve que le bon goût vestimentaire des femmes vietnamiennes leur donne un charme certain.

            

Ce soir, entrainement au võ đường de maître Hùng, situé dans un bel ensemble sportif de Sài Gòn. Comme il fait chaud et qu’il ne pleut pas (bien que nous soyons à la saison des pluies), le cours a lieu en plein air. Nous disposons de tapis, contrairement au club de Taekwondo, qui s’entraîne près de nous.

         

         

Ce qui est extraordinaire, c’est de bénéficier d’un cours particulier à l’intérieur d’un cours collectif. Maître Hùng rectifie mes positions et m’explique, en français, ce que je dois faire. Il m’apprend le long hổ quyền (le long hổ quyền, au Vietnam, s’apprend avant le tứ trụ quyền : une des particularités françaises, avec le khai mon quyền, inconnu au Vietnam).

      

Puis, c’est la photo de groupe : maître Hung a voulu que papa y figure. Il lui avait demandé de dire quelques mots en début de cours.

Nous dinons ensuite dans un bistrot face au võ đường. Débriefing sur mes quyềns et conseils pour les combats. Prochain entraînement demain !

Aujourd’hui, second cours avec maître Hùng. Plus intensif que le précédent. Et totalement différent. Y compris dans l’échauffement.

            

Comme s’il ne s’agissait pas du même club que celui où j’étais hier. Aujourd’hui j’ai encore beaucoup appris.

               

         

Demain, prochain et dernier cours, lundi étant férié. Nous travaillons le tứ trụ quyền. Puis nous dinons avec maître Hùng dans un restaurant connu, le Nam Bo. Ici les serveurs veillent à ne pas laisser sur ou sous la table les bouteilles vides (voir plus bas sur cette page).

La direction du bec du poulet indique que c’est à mon père de boire son verre. Maître Hùng doit connaître un « truc » car c’est souvent à papa de boire mais ça ne le gène pas, vu qu’il ne conduit pas.

   

Il me tarde d’être à demain pour m’entraîner. Aujourd’hui nous allons voir le magasin de mon oncle Thanh.

  

Et son atelier de fabrication.

         

         

Le soir, retour au võ đường pour un dernier entraînement.

      

    

    

Puis c’est la photo traditionnelle et l’échange de cadeaux, partage de gâteaux, chants et jeux.

    

Je remercie Toàn, mon partenaire.

Puis diner d’au revoir.

    

Un IMMENSE MERCI À MAÎTRE HÙNG pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Le 1er septembre, je retourne au tổ đường, saluer Maître Sen et déposer mes offrandes sur l’autel des Maîtres décédés, au nom de notre club.

  

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Quand nous nous promenons dans Sài Gòn, nous n’avons pas de problème pour retrouver l’hôtel : à proximité, il y a un immeuble que l’on voit de loin et qu’il est impossible de confondre avec aucun autre.

         

L’autre point de repère est le marché Bến Thành, en centre-ville, fréquenté de jour comme de nuit.

J’aime regarder les parties de cờ tướng, les échecs vietnamiens, qui se jouent dans la rue, à tout âge et toutes classes sociales confondues.

   

Je me promène, le soir (il fait nuit plus tôt qu’en France, vers 18 heures) au marché et dine au restaurant en plein air.

         

Au Vietnam, le petit déjeuner est copieux (soupe Phở, omelette au crabe, œufs au plat…) et peut être servi très tôt car il fait jour de bonne heure. Pour les autres repas, le choix est aisé, vu le nombre de restaurants. Sinon on peut acheter son repas dans les nombreuses échoppes. Ou dans la rue. Par manque de place, les bouteilles sont mises sous la table (là, nous ne sommes qu’au début du repas). La bière est servie avec un énorme glaçon dans le verre.

      

Les repas, qu’ils soient pris au restaurant, au restaurant de ma tante où à la maison, sont toujours très conviviaux. On parle et on rigole beaucoup.

On mange en abondance du poisson et des fruits de mer frais, achetés à l’arrivée des bateaux. Leur cuisson est également prétexte à rigolades.

         

L’autre nourriture est spirituelle. Il y a presque autant de lieux de culte que de restaurants. Principalement bouddhiques (80 % de la population est bouddhiste). Et de nombreuses pagodes, certaines immenses, sont en construction.

      

Le catholicisme est également très visible. La cathédrale de Sài Gòn, en briques, fait penser à une église toulousaine. Bien implantés à Hố Nai et dans les environs, les catholiques représentent le tiers de la population de Xuân Lộc. Par contre, dans le delta du Mékong ils ne comptent, respectivement, que pour 6%, 3% et 2 % des populations de Long Xuyên, Cần Thơ et Mỹ Tho.

   

Dans le Sud, il y a également des mosquées cham et des temples caodaïstes, reconnaissables à leurs deux clochers.

    

Et aussi du bouddhisme theravadin khmer, du taoïsme chinois, et de l’animisme. Les marins vénèrent les baleines. Un culte leur est dédié. Lorsqu’elles s’échouent, elles sont enterrées rituellement. Plusieurs cimetières de baleines existent dans le pays. Dans celui de Thuận An, au centre Vietnam, on compte 529 dépouilles de cétacés. Leurs yeux sont représentés à la proue de chaque embarcation, quel qu’en soit le tonnage.

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Lundi 2 septembre, pour mon dernier jour de vacances au Vietnam, mon père me fait la surprise de passer la journée dans un parc d’attractions, sorte de Dysneyland asiatique et aquatique.

      

J’en profite pour travailler mon équilibre et mon souffle (apnée juvénile).

         

Aquatique, mais pas que. Je joue beaucoup, dans l’eau et aussi au sec car il y a de nombreux jeux, simples, tels ceux des anciennes fêtes foraines en France.

         

En nombre, également, des statues de grande taille, dans le parc. Beaucoup représentent les animaux de la mythologie sino-vietnamienne (dragons et grenouilles à trois pattes qui attirent la richesse).

         

Ou Phật Di Lặc, le bouddha replet et rieur.

   

D’autres représentent des personnages légendaires comme Thánh Gióng et Ông Địa. Ou historiques, telles les sœurs Trưng, amazones montant des éléphants qui, durant trois ans, défièrent et défirent les Chinois, effrayés à la vue des gros pachydermes, inconnus d’eux.

         

Des représentations de buffles aussi, ainsi que de tigres et même de bouddhas, porteurs de troncs (au profit des enfants hospitalisés).

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Mardi 3 septembre, à 9 heures, l’oncle Thanh nous rejoint à l’aéroport pour les adieux et récupérer éventuellement licorne et hallebarde, en cas de problème à l’embarquement, et nous les envoyer par bateau. Mais ça passe : elles rentreront à Limoges avec nous. Demain, à la même heure, je serai au collège. Pour mon premier cours de l’année 2013-2014, je risque fort d’avoir la tête ailleurs.
      

GOOD EVENING VIETNAM, SEE YOU SOON

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Arrivé le 8 août à Sài Gòn (en rose foncé sur la carte), appelée Hôchiminhville par les Vietnamiens du Nord, les administrations et les officiels. Le 13, nous partons pour Bình Thuận. De là, je visite les alentours : Thị Trấn Lagi, Núi Tà Cú, Phan Thiết, Mũi Né (région en jaune sur la carte). Puis séjour dans le Miền Tây Nam Bộ (région en vert sur la carte), le delta du Mékong (Cửu Long) : Mỹ Tho et Phú Mỹ, le siège du Phật Giáo Hòa Hảo. De là, Núi Sam et Châu Đốc, à la frontière cambodgienne, Hà Tiên, Rạch Giá, Long Xuyên, Sa Đéc (où vécut Marguerite Duras) et retour à Bình Thuận. Départ pour Sài Gòn le 29 août. Et, pour la France, le 3 septembre.

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Si j’ai conscience de faire partie des happy few qui ont eu la chance de pouvoir voir et faire tant de choses en si peu de temps, d’avoir vécu – pas assez longtemps, hélas – la vie vraie des paysans du Miền Tây, d’avoir reçu une initiation religieuse, participé à une compétition et à cinq cours de Vovinam, à la source de notre art martial, je rentre en France la tête et le cœur pleins de jolis souvenirs et de belles émotions. Et c’est un immense plaisir d’avoir partagé tout ça avec mon papa. Ma famille d’ici, qui m’a si bien reçu et admis, va me manquer ainsi que les võ sinh et les maîtres que j’y ai connus. Comme mon père bien avant moi, je suis définitivement tombé amoureux du Nam Kỳ.

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Commentaires :

David CHASTAGNER : Que de beaux souvenirs. Très belles photos, Francis.

Martial PRUVOST : Effectivement magnifiques photos, ainsi que le texte.

Michel COURCELAUD : Quels beaux souvenirs pour vous deux !

Stéphane CRESPO : Merci pour ce beau partage Francis (Yo).

Georges CHARLES : C’est le plus beau et le plus sympa reportage que j’ai vu sur le Vietnam.